Madame, Messieurs,
Quand l'Association des Amis du train à vapeur a été
fondée il y a un an, elle s'est donnée deux fonctions
principales: d'agir comme mobilisateur et de véhiculer des
idées.
En ce qui concerne le premier rôle, nous avons directement
rejoint 1,500 personnes (membres, signataires d'une pétition,
participants aux réunions) qui ont signalé leur très
fort appui pour le train à vapeur et leur désir de le
voir rouler aussitôt que possible. Ce chiffre n'est pas
phénoménal mais il est considérable dans notre
communauté qui est relativement peu nombreuse et, dans
certains domaines, peu activiste.
Après plusieurs mois de débat, nous vous écrivons
aujourd'hui pour vous proposer quelques idées que nous
considérons incontournables pour la relance du train.
Investissement public: Il y a 20 ans, les trois
niveaux de gouvernement ont fait le pari qu'un train historique
roulant sur notre voie ferrée centenaire pourrait amener des
touristes dans la région. En conséquence, ils ont
investi dans l'entreprise. Le train a dépassé toutes
les attentes en amenant dans l'Outaouais plus de 500,000 visiteurs et
certainement plus de $75,000,000 en dépenses touristiques. En
termes pratiques, le train à vapeur sert à remplir nos
hôtels, restaurants, bistros, et magasins et à créer
des emplois. Bien entendu, toutes ces activités génèrent
des taxes. En plus, le train est devenu un icône pour notre
région comme l'a dit le Maire de Gatineau.
Après 15 ans de bénéfices pour la région,
sans l'appui de fonds gouvernementaux, le train à vapeur
nécessite maintenant que nous injections des fonds publics --
tout comme nous faisons pour tous nos réseaux
d'infrastructures de transport, y compris les routes et les chemins
de fer d'intérêt local pour trains de marchandises, et
l'aéroport de Gatineau.
Cependant ces investissements sont loin d'être les montants
immédiats et faramineux tels que préconisés par
certains. Au contraire, dans la culture ferroviaire canadienne on a
appris à oeuvrer de façon économe en fonction
des besoins courants et minimaux. Il faut réparer ce qui est
cassé dans les plus brefs délais et faire une politique
d'investissements préventifs à moyen et à long
terme pour la sécurité de notre voie ferrée, qui
à déjà fait ses preuves.
Gouvernance: Certaines personnes croient que la
relance du p'tit train n'est qu'une question de gros sous. En partie
peut-être. Mais la première pierre d'achoppement du
train à vapeur, depuis des années, est le mode de
gestion, affectant en particulier les relations entre l'opérateur
et la CCFO. On ne peut pas relancer le train sans modifier sa
gouvernance.
Au début, le Conseil de développement touristique de
Hull, Chelsea, La Pêche comprenait des représentants de
la communauté et du monde des affaires. Par la suite, pour des
raisons inconnues, le Conseil a été transformé
d'une organisation sans but lucratif en une compagnie privée
avec le nom de Compagnie de chemin de fer de l'Outaouais (CCFO)
portant ainsi confusion sur son objectif et limitant ses membres aux
trois maires et à leurs employés.
Les maires sont contraints par leur vision locale et leurs
perceptions de leurs obligations électorales envers leurs
constituants. Les questions commerciales venaient loin en arrière.
Inévitablement, des points de litige survenaient entre la CCFO
et l'opérateur concernant les côuts et les
responsabilités. Éventuellement, ces différences
ont dégénéré en conflits personnels et
l'opérateur est parti en disant qu'il n'y avait plus de lien
de confiance entre les deux partis.
Il faut maintenant une nouvelle organisation pour gérer la
voie ferrée et les relations avec l'opérateur. Au
minimum il faut un conseil avec des représentants du monde des
affaires, du tourisme, de la communauté et des gens avec une
certaine expertise dans le domaine du transport ferroviaire.
Préférablement, une nouvelle entité devrait
prendre la responsabilité pour la gestion, préférablement
une entité unique. On devrait normalement inclure les
représentants de l'opérateur à ses réunions.
Enfin son premier objectif devrait être la promotion
touristique et non pas une ingérence dans les opérations
du train.
En voulant transférer la responsabilité pour le
train à une entitié différente, il faut se
rappeller que les municipalités ont reçu la voie ferrée
gratuitement en fiducie des gouvernements et du CP qui ont investi
dans sa réfection au début des années 1990. Si
le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral
doivent maintenant payer pour restaurer l'infrastructure, ils
devraient aussi avoir l'autorité nécessaire pour
modifier la loi sur la CCFO.
Un investissement continuel dans l'infrastructure
La
deuxième pierre d'achoppement est de savoir qui doit payer
pour le maintien de l'infrastructure. Vu leur attitude envers le
train comme mentionnée ci-haut, les municipalités ont
refusé de faire de tels investissements pendant 15 ans,
résultant dans le délabrement actuel de
l'infrastructure.
En effet, il y a trois questions et non pas seulement une. La
première concerne le maintien annuel du chemin de fer. Ce
travail incombe à l'opérateur. Et, en effet, la
Compagnie du train à vapeur HCW s'est occupée
annuellement du débrousaillement, du remplacement des dormants
défectueux, du nettoyage des ponceaux, du réalignement
de la voie ferrée et du nettoyage du chemin de fer, etc. En
plus, après les inspections par Transport Québec, elle
effectuait les réparations qui s'imposaient. De son propre
gré, pour s'assurer qu'il offrait une visite de première
classe, M. Gautier a installé un système d'air
climatisé et de chauffage, de nouvelles toilettes, un accès
pour les personnes handicappées, et un renouvellement des
quais d'accès. La Compagnie a installé tout un
équipement pour ses dîners du coucher du soleil et avait
une entente avec une centaine de musiciens et de comédiens de
la région pour l'amusement des passagers. Nous allons avoir de
la difficulté à la remplacer.
Deuxièmement, il y a déjà dans le contrat une
entente disant que l'opérateur devrait contribuer à des
améliorations à l'immobilier telle une nouvelle gare à
côté du Casino, et souhaitons-le une à Chelsea,
avec de nouveaux équipements pour améliorer l'accueil à
Wakefield.
Enfin, et c'est le problème primordial, il y a la question
du maintien et des réparations de l'infrastructure de la voie
ferrée y compris les ponceaux, les ponts et la voie elle-même,
et , en cas d'intempéries, les problèmes tels des
glissements de terrain etc. Aussi longtemps que l'opérateur
est un locataire, il nous semble clair qu'il ne peut pas s'engager
dans de tels engagements financiers. Il faut que les gouvernements et
possiblement d'autres partenaires tel l'industrie touristique
s'occupent des investissements réguliers dans les
améliorations de l'infrastructure et ses réparations
imprévues.
Nous espérons que ces quelques idées pourront vous
aider dans vos délibérations et sommes à votre
disposition pour toute assistance ultérieure.
Harry Gow et John Trent
Co-présidents des Amis du train
à vapeur.